Elle s’appelle Annie, elle n’avait pas encore 25ans lorsque, pour cette première nuit de garde à l’hôpital, en qualité de jeune infirmière diplômée d’état, elle dû faire venir le médecin de garde pour constater le décès d’un patient.
C’était un vieux monsieur âgé que la mort attendait de toute façon. Il occupait le 3ème lit de la chambre 34 de la clinique des flots bleus à Bordeaux, c’était en 1975 !
-« Mort constatée à 23h58 » dit le médecin. « Préparez le avant qu’il ne soit complètement raide, puis appelez la famille pour les informer du décès. Après, faites venir les ambulanciers qu’ils retournent le corps à l’expéditeur. »
Alors qu’il avait déjà quitté la pièce, il fit demi-tour :
-« Finalement, on va dire qu’il est mort à 00h02, comme ça on facturera un jour de plus à la famille pour l’occupation de la chambre : on s’en fout, c’est la sécu qui paie.»
Claquement de porte, il ne reste plus que Annie, un cadavre et trois autre patients qui dorment…
30 minutes après, le corps était préparé, la famille informée et les ambulanciers en route pour la clinique.
C’était la première fois qu’elle devait annoncer un décès à une famille et la tache n’avait pas été facile : la fille du défunt, une quadragénaire manifestement embourgeoisée depuis peu avait carrément explosé en larmes au bout du fil, puis elle s’était mise à l’insulter en répétant
« C’est pas possible ! Vous êtes une connasse ! C’est pas possible ! etc… »
Finalement, le mari avait reprit l’appelle qui se termina mieux qu’il n’avait commencé… peut être parce les modalités financières n’avaient pas été évoquées.